La Tour historique n’est pas un décor ajouté au nom de La Tour-de-Trême. C’est l’inverse : la localité tient son nom de ce donjon planté sur son rocher. Le monument mesure environ 13 mètres et constitue le dernier vestige du château médiéval qui contrôlait autrefois l’entrée de la Basse-Gruyère.
Une étude des Archives de la Ville de Bulle retrace ses usages successifs. Elle permet de dépasser l’image d’une simple ruine : la Tour a servi à surveiller un territoire, donner l’heure, transformer l’électricité, conserver des archives et accueillir des expositions.
1. Une mention écrite dès 1271
Les textes anciens citent La Tour-de-Trême en 1271 sous une forme latine. Une ville neuve à plan concentrique est ensuite construite entre 1310 et 1328. Le donjon appartient alors au bourg fortifié des comtes de Gruyère.
Les comtes n’y habitaient pas. L’édifice était un avant-poste tourné vers la Trême, frontière naturelle avec Bulle, territoire de l’évêque de Lausanne. Cette position explique mieux la Tour que les récits romantiques inventés après coup.
2. Le château brûle en 1349
Durant la guerre d’Everdes, les Bernois et les Fribourgeois prennent La Tour-de-Trême. Le bourg et le château sont détruits. Le donjon ne sera jamais entièrement reconstruit. Un document de 1451 décrit déjà la maison forte comme ruinée.
Pour replacer cet épisode dans son environnement, notre portrait de La Tour-de-Trême présente la localité actuelle et ses principaux repères.

3. Une horloge depuis 1683
Le Petit Conseil de Fribourg autorise la pose d’une horloge en 1683. Son mécanisme fonctionnait avec un poids qu’un employé devait remonter chaque jour. Un ancien préposé a calculé qu’en vingt ans, cette tâche lui avait imposé 7 300 montées.
L’horloge mécanique s’arrête en 1988 après la rupture d’un axe. Une installation à quartz et de nouveaux cadrans sont posés lors des travaux achevés en 1991. Particularité locale : la cloche avance de cinq minutes, une tradition associée aux ouvriers qui devaient rejoindre le train pour Broc.
4. Le monument a eu des usages inattendus
Après les incendies et les changements de propriétaires, la Tour devient un temps transformateur électrique. Elle sert aussi de dépôt d’archives communales. Des plans, des clés et plusieurs inventaires conservés témoignent de cette fonction, même si le parcours exact de certains documents reste incertain.
Le village se lit aussi par d’autres bâtiments. L’église Saint-Joseph raconte une histoire religieuse distincte, tandis que la salle CO2 montre la place actuelle de la culture.
5. Restaurations et expositions
Une importante restauration intervient en 1953, puis de nouveaux travaux sont menés au début des années 1990. Une association créée en 1994 utilise ensuite l’intérieur pour présenter des artistes de la région. Elle sera dissoute en 2011, après une baisse de fréquentation.
Le monument se regarde aujourd’hui surtout depuis l’extérieur. Le chemin d’accès et le rocher font partie du site ; il faut respecter les fermetures et les abords privés plutôt que chercher à entrer sans information officielle.
La Tour condense sept siècles d’histoire locale dans treize mètres de pierre. Le détail le plus vivant reste peut-être son horloge avancée : un petit décalage qui rappelle le temps où cinq minutes pouvaient décider d’un train manqué.




